La visite du SEBLab, l’atelier partagé du Groupe SEB

Pendant le Fablab Festival à Toulouse, nous avons eu l’occasion de rencontrer Jean-Louis Compeau, le fondateur et responsable du SEBLab. Derrière ce nom se cache l’atelier de fabrication de l’entreprise SEB, inspiré des fablabs. Cet espace atypique est situé à Dardilly, dans les environs de Lyon, juste à côté de là où nous préparons le MakerTour. Nous y avons été invités le 22 mai afin de découvrir le SEBLab et son équipe en personne.

 

Le SEBLab, l’atelier interne du groupe SEB

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Le cas du SEBLab dans le paysage français des ateliers de fabrication d’entreprise est particulièrement intéressant, l’atelier ne se trouve pas sur le même site que les bureaux du groupe SEB. Il existe presque autant de modèles que de lieux à ce jour. Parmi les pratiques des entreprises, on distingue :

  • l’atelier interne et fermé dans les murs de l’entreprise
  • le lieu semi-ouvert aux collaborateurs et aux externes
  • la sollicitation d’un atelier externe
  • l’atelier interne et fermé mais hors du site de l’entreprise
  • la création de lieux temporaires dans le cadre de projets ou d’événements

Notre volonté avec MakerTour est d’aller à la rencontre de ces différents modèles pour en apprendre plus et permettre d’échanger ces bonnes pratiques en matière d’atelier de fabrication et de collaboration.

 

Un espace de vie, un espace de prototypage et un espace de travail

La visite du SEBLab démarre autour d’un café. Les murs sont recouverts d’affiches et posters qui traduisent l’esprit de cet endroit, avec des messages assez atypiques pour un environnement d’entreprise. Des photographies du Burning Man, un poster « Fail often, fail fast, fail cheap », une carte des entreprises françaises dotées d’ateliers inspirés des fablabs.

Nous rencontrons Cécile, coordinatrice dans l’équipe du SEBLab aux côtés de Jean-Louis. Elle est en charge d’accompagner les projets dans la démarche SEBLab, d’organiser les séances de créativité et de matérialisation. Parallèlement, elle effectue sa thèse sur le dispositif SEBLab et s’intéresse plus particulièrement à la « caractérisation du rôle du prototypage rapide dans les sessions de créativité ».

Elle nous explique que le SEBLab est composé de trois zones pour une surface d’environ 200m2 : la cuisine (espace de vie – 12 m2), l’atelier (espace de prototypage – 115 m2), et enfin la salle de créativité à l’étage (espace de travail – 48 m2).

Après le café, nous découvrons l’atelier. Côté espace et machines, le lieu a tout du parfait petit espace de maquettage et prototypage. Découpe laser, fraiseuse, thermoformeuse, imprimantes 3D à dépôt de fil, découpe à fil chaud, paillasse de travail pour l’électronique et la soudure, outils traditionnels de bricolage, plans de travail, espace de stockage des matériaux et des affaires, tableaux mobiles pour écrire, équipements de sécurité et signalisation.

Nous ne croiserons pas de collaborateurs du groupe dans l’atelier ce matin. Nous comprenons pourquoi en discutant avec Jean-Louis et Cécile, il n’y a pas de « session » prévue aujourd’hui. Le SEBLab est pour l’instant utilisé par les différents pôles de l’entreprise sous la forme de sessions thématiques. Nous reviendrons sur ce point plus tard.

Après un tour de l’atelier, nous montons à l’étage et découvrons la salle de créativité et espace de travail. Chaises mobiles avec tablettes, rétroprojecteur, tableau interactif, étagères et paperboards ponctuent l’espace. Cécile en profite pour nous expliquer en détails le « processus SEBLab » au sein de l’entreprise, son lieu et ses sessions.

 

Un peu d’histoire sur la naissance de ce lieu

Les premières conversations et démarches autour du sujet « fablab » débutent en 2012 pour le groupe. SEB participe à l’expédition ReFaire de la Fondation Internet Nouvelle Génération aux côtés de Renault, dont l’idée est d’explorer l’avenir de la conception et de la fabrication numérique, et les opportunités pour les grandes entreprises. En parallèle, SEB apporte son soutien au Programme I.D.E.A. de 2012 à 2014 et amène des collaborateurs à plusieurs reprises dans son fablab pédagogique.

En 2013, deux collaborateurs partent faire un tour de plusieurs « labs d’entreprise » : le Creative People Lab (Renault), le ProtoSpace (Airbus) et le i-Lab (Air Liquide). Ils procèdent ensuite à des interviews auprès d’équipes du groupe (marketing, design, recherche), réalisent des workshops, expliquent le concept en interne. Avec une question posée à chaque fois : « Et vous, qu’y feriez-vous ? ». Ils en ressortent une liste de besoins à satisfaire et de services que l’atelier pourrait proposer. Cette matière sert alors de base à la conception du dispositif et à l’ouverture du lieu en 2014.

 

Le SEBLab au sein du groupe SEB, le processus et les sessions

Le SEBLab souhaite devenir un espace dans lequel se réalisent 4 phases du cycle de l’innovation : la prospection, la créativité, la matérialisation et le test.

  • Prospection – revalorisation de données internes au groupe, acquisition de données externes, observation des usages des consommateurs
  • Créativité – réunions de créativité, sollicitation participative en interne, intégration des consommateurs à la créativité
  • Matérialisation – conception et fabrication numérique, aide à la visualisation de concepts (dessins, maquettes)
  • Test – obtention d’un retour d’usage, dialogue avec des consommateurs

L’objectif est de permettre de créer une « unité de temps, de lieu et d’action » sur les projets menés par les équipes du groupe. Si le processus complet SEBLab comprend les 4 phases, l’atelier permet aujourd’hui de réaliser les phases 2 (créativité) et 3 (matérialisation), avec une volonté de pouvoir proposer la phase 4 (test) à l’avenir.

Le SEBLab fonctionne à ce jour par un système de « sessions ». Les différentes « Business Units » (ndlr, branches d’activités du groupe, au nombre de 3) ont connaissance du SEBLab en tant qu’outil de créativité et de matérialisation d’idées. Elles vont pouvoir solliciter l’organisation d’une session sur un thème précis.

Générer de nouvelles idées, réaliser des démonstrateurs d’un futur produit, explorer de nouvelles pistes, trouver de nouvelles applications à une technologie du groupe, collaborer en mode projet avec une entreprise partenaire, les utilisations sont nombreuses. Après une année d’ouverture, le SEBLab possède aujourd’hui une base solide d’une quinzaine de sessions. L’équipe poursuit la diffusion de ce nouvel usage en interne et l’ajout de nouveaux services à la palette du SEBLab.

 

Comment se passe une session concrètement ?

Avant de venir au SEBLab, la phase de prospection sur le sujet du projet va durer entre 1 et 2 mois. Une entreprise externe est sollicitée afin de concentrer une veille diversifiée et d’apporter un regard extérieur.

Pendant une journée et demie, une quinzaine de collaborateurs (issus de diverses équipes du groupe) discutent ensemble de la prospection. Ils génèrent des idées et retiennent les plus pertinentes dans le cadre du projet. Elles sont formalisées sous la forme de fiches concepts. L’équipe du SEBLab laisse ensuite s’écouler deux semaines à un mois avant de réunir de nouveau les participants de la phase de créativité.

Pendant deux jours, les idées sont matérialisées à l’aide des outils et machines de l’atelier, et de l’accompagnement de l’équipe du SEBLab dont fait également partie Antoine, le fabmanager. De l’état de fiches, les idées sont devenues des démonstrateurs, des maquettes. Les équipes préparent ensuite des « pitchs projets », restitutions orales courtes et préparées, qui permettront de présenter le travail de manière synthétique et précise au reste de l’entreprise. Des vidéos sont réalisées afin de pouvoir diffuser le concept en interne.

Le projet pourra ensuite s’inscrire dans les processus plus traditionnels de l’entreprise, à savoir la recherche (2 ans), puis le développement (18 mois). Ces cycles longs devraient être accélérés à l’avenir grâce au SEBLab et son processus, avec des résultats prometteurs affichés après les premières sessions.

 

Et les chantiers pour demain ?

La volonté du SEBLab est de s’ouvrir encore plus aux collaborateurs du groupe. Jean-Louis, Cécile et Antoine réfléchissent à de nouvelles perspectives d’utilisation du lieu : diversifier les sessions, du teambuilding, de la formation, une utilisation en libre-service, les idées ne manquent pas.

Les conversations et débats ne manquent pas sur la rencontre entre les deux mondes, les fablabs MIT et l’environnement d’entreprise. Le cas de SEB alimente la réflexion sur le sujet, montre l’intérêt de cet outil pour que les entreprises apprennent à se réinventer. Les fablabs sont une source d’inspiration pour eux. L’appropriation de l’atelier, l’ouverture, la documentation et l’expérimentation sont au coeur de leurs préoccupations.

Nous reviendrons au SEBLab dans le cadre de MakerTour, afin de faire une étude approfondie et documentée de ce lieu atypique. Un grand merci à Jean-Louis et Cécile pour la visite et le temps que vous nous avez accordé !

 

Pour suivre nos aventures et le projet MakerTour au quotidien, direction notre Twitter @MakerTour. N’hésitez pas à discuter avec nous de notre tour de 50 fablabs et ateliers en France et en Europe à partir d’octobre 2015 : contact@makertour.fr.

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